Personne n'est jamais monté au ciel à bord d'une machine volante sans, encore enfant, en avoir rêvé, interminablement. Personne. Aucun explorateur du ciel, femme ou homme, à n'importe quel niveau de compétence, n' a pu devenir aviatrice ou aviateur par seul froid calcul. Je pense qu'aucun d'entre nous, aujourd'hui, ne peut accepter d'entendre proférer de pareilles horreurs sans rester stupéfait. Toutes les religions, toutes les croyances, toutes les philosophies placent là-haut dans le ciel ce qu'on appelle commodément le paradis. L'enfer et ses flammes, c'est sous nos pieds. On lève les yeux au ciel, on lève les bras au ciel. Et si on apprend à voler, c'est pour connaître au fond de nos âmes ces instants de tranquille jubilation qui sont comme des acomptes de paradis. Ça se paye, ça se paye de doutes, de quelques frayeurs, voire d'éclairs de terreur. Mais tout cela s'apprend, se surmonte. Et avec un peu d'expérience, on apprend aussi une certaine sagesse. Entre bon et con, il n'y a qu'une lettre d'écart, et il est si facile de passer de l'une à l'autre. Dommage que les politiciens n'aient pas l'obligation de passer un certificat de facteurs humains. Ça leur enseignerait la modestie, et la nécessité de mesurer le sens des actes. L'enfant et le vol et Saint Ex, tiens… Avec Romain Hugault, quand on a écrit notre bouquin sur l'Ancien, on a naturellement, sans même en parler, mis au creux du chapitre sur l'enfance ce moment magique où le gamin, à douze ans, s'est envolé pour la première fois. Car cette première fois a tout amorcé pour lui, comme pour tant d'autres. Et Saint Ex est né de ce moment. Neil Armstrong enfant balayait les hangars du petit terrain de Wapakoneta, Ohio, contre quelques minutes de vol à bord d'un Luscombe ou d'un Piper. Il est allé plus loin que n'ira jamais la dame de Poitiers, je pense. Je finis par me demander, puérilement, si on ne devrait pas imposer un refus d'embarquer à bord d'une machine volante ceux qui proférent de telles insultes. Car ce sont de pures, de véritables insultes à tous ceux (et évidemment celles) qui trouvent que vivre une existence dans laquelle le ciel est si important est non seulement acceptable, mais que quelque part ça rend meilleur car un peu ou beaucoup plus heureux. Mais je dois me tromper: si elle est d'accord, j'invite la dame de Poitiers à venir passer une demi-heure avec moi dans un ULM blanc et vert, du côté du Bassin d'Arcachon. On ira au-dessus de l'océan en regardant le soleil s'enfoncer au-delà de l'horizon, on sera seuls avec l'Univers au-dessus et la somptueuse Terre au-dessous, dans un calme absolu, et quand on rentrera l'oiseau dans son hangar on regardera s'allumer les premières étoiles. Là-haut, perdu dans l'Univers, il y a B 612, cet astéroïde qui j'en suis certain existe pour de vrai. Et assis par terre près de son volcan éteint, caressant sa rose précautionneusement, on y verra un gamin blondinet un peu effaré de constater autant de méchanceté gratuite chez une grande personne qui aurait pu faire partie du casting des personnages visités par lui lors de son précédent voyage chez nous… Alors peut être, quand on refermera les portes du hangar, elle aura compris ? Bernard Chabbert, éditorial publié sur Facebook.
A propos de la dame de Poitiers…