Quand les anges se promènent, le ciel sourit

C'est ce que dit en tous cas un proverbe allemand pour expliquer le grand bleu qui parfois envahit le ciel.

Alors, bien sûr, on n'a pas hésité un instant à reprendre ce dicton à notre compte pour expliquer le bleu immuable qui nous a accompagnés tout au long de ce voyage. Pourtant l'Angleterre, les Flandres... Mais puisque la météo le promettait....

Donc, on est partis pour l'Angleterre avec l'idée bien arrêtée d'aller voir Biggin Hill. Pour beaucoup, pour moi en tous cas, il s'agit d'un nom tout aussi mythique depuis "Le grand cirque" de Clostermann, que Samarcande ou Boukhara peuvent l'être pour l'Asie centrale.

Mais pour Samarcande et Boukhara, on a décidé d'attendre encore un peu avant d'y aller voir...

Évidemment, on se faisait un peu de souci : Biggin Hill, c'est près de Londres et par là, il y a quelques terrains comme Heathrow ou Gatwick qui nous inquiétaient un peu. On sait bien que tous les trois on maîtrise parfaitement le contrôle en anglais, mais on a déjà remarqué que les anglais mettent parfois de la mauvaise volonté à comprendre ce qu'on leur dit.

Alors pour s'entraîner un peu, on s'est dit que l'on irait bien faire le tour de Paris (pas pour l'anglais, mais pour s'habituer au trafic) et comme on est vraiment prudent on a voulu commencer par la Ferté Alais, secteur beaucoup plus tranquille.

Bien sûr, comme tous les bons lecteurs d'Info Pilote, on est régulièrement abreuvé d'articles sur la collection d'avions mythiques qui y sont remis en état par les soins de Jean Salis et on a donc demandé l'autorisation d'y aller (indispensable : il y a souvent des manifestations et sans autorisation, on peut se faire "jeter").

Bien entendu, à force de traîner, on est arrivé trop tard et tous les hangars étaient fermés. Pourtant, c'est au moment où, désespérés, on envisageait de repartir, que la petite porte d'un hangar s'est ouverte livrant passage à un personnage couvert de cambouis. Et c'est là que Paul, s'adressant au personnage, s'est montré (une fois de plus) impressionnant :

"Vous ne seriez pas Monsieur Jean Salis par hasard ? "

Croyez le ou non, c'était lui, et j'ai immédiatement renoncé à calculer quelle était la probabilité qu'avait Paul de tomber juste.

Donc, le maître des lieux a accepté de nous ouvrir sa caverne aux trésors et même de se faire photographier (ça c'est un scoop), les mains dans le cambouis, en train de retaper je ne sais quelle merveille. On ne va d'ailleurs pas vous décrire toutes celles qu'on a vues. D'abord, parce qu'on n'y connaît rien, et surtout parce que cela a déjà été fait cent fois.

Ce qui est sûr c'est que c'est plein d'avions dont, pour certains, on se demande comment ils pouvaient voler.

Tout ce qu'on peut vous conseiller c'est d'y aller. Ça pourrait d'ailleurs faire l'objet d'une sortie club intéressante. Evidemment, tachez d'y arriver un peu plus tôt que nous car il est peu probable que vous tombiez à nouveau pile sur Jean Salis pour vous ouvrir les lieux.

Rassasiés d'antiquités, on est repartis avec l'idée de rejoindre Le Plessis en utilisant le transit sud de Paris, celui qui fait passer par Limours, Marcoussis et le travers sud d'Orly. Là, vous pensez bien qu'on avait révisé les cartes et qu'on étaient sûrs de notre coup. Aussi, est ce de la voix assurée de celui qui domine son sujet qu'on a annoncé nos intentions au contrôle. Et là, tout de suite, on a senti qu'on déclenchait une certaine perplexité chez le contrôleur; perplexité qui a été en augmentant quand on lui a confirmé le trajet prévu. A partir de là, on est rapidement tombés dans un discours bien connu :

Le contrôleur : "Ça fait cinq ans que je suis au contrôle et je n'ai jamais entendu parler de cet itinéraire !"
Le pilote : "Je vous assure qu'on a la carte sur les genoux et que l'itinéraire est bien décrit !"
Le contrôleur : "Qu'est-ce–que c'est que vous avez comme documentation et quelle édition ?" etc...

Pendant ce temps là, bien entendu, l'avion avance et de guerre lasse le contrôle a fini par nous dire de continuer sur ce cap, d'afficher XYZ au transpondeur, et par assurer le guidage avant bien sûr de nous lâcher quelque part dans l'est Parisien. C'est comme cela qu'on a fait le transit sud de Paris et, il faut l'avouer, sans très bien savoir où l'on est passés.

On a quand même trouvé Le Plessis où l'on s'est garés pour la nuit, histoire de se faire héberger par un beau frère de Christian. Outre que c'était sympathique, cette halte nous apprend 2 choses :

  • que, selon un neveu de Christian, ce n'est pas à Biggin Hill qu'il faut aller mais à Duxford où il y a, paraît-il, une collection mirifique d’avions,
  • que René a oublié à Grenoble toute la documentation concernant les cartes d'aérodromes de Grande Bretagne.

Donc, on décide que le lendemain dimanche sera mis à profit pour effectuer le transit nord de Paris jusqu'à Toussus où, espère-t-on, on trouvera une documentation.

Et c'est comme ça que, toujours de la voix assurée de celui qui domine bien son sujet (cf. plus haut), on demande poliment au contrôle de débuter le transit. Et là, on s'entend répondre que le transit vient juste de fermer et que l'accès nous est refusé. Vous pensez bien, un dimanche matin à 8h30, on imagine sans mal que le secteur doit être surchargé !

Quoi qu'il en soit, on fait demi tour pour repasser très au nord de Paris, avant de redescendre sur Toussus. Là oui, çà devient franchement surchargé. D'abord parce que St Cyr et Toussus sont très proches l’un de l’autre, ensuite parce que c'est dimanche, enfin parce qu'il fait grand beau. En plus, il y a 2 pistes en service à Toussus. Résultat : des avions partout, vraiment partout, et on n’est pas trop de 3 dans l'avion pour surveiller le trafic. Là, vraiment on vous déconseille la visite. Allez à Londres, c'est beaucoup plus facile. On trouve quand même un petit créneau dans les 6 ou 7 avions en tour de piste, et l'on se pose sur ce terrain où, par chance, on trouve à acheter (à prix d'or) une documentation complète sur tous les aérodromes de Grande Bretagne.

Vite, on fuit cet endroit pour mettre le cap sur St Valery en Caux. Sans doute certains d'entre vous savent-ils que c'est quelque part sur la côte normande mais il y a certainement 3 choses qu'ils ignorent :

  • d'abord que la patronne des lieux (Marie Thérèse) prépare des escalopes à la crème qui, incontestablement, valent le déplacement,
  • ensuite que ce petit terrain a été construit par les Français en 1939, puis a été occupé par les Allemands de 1940 à 1944 qui y avaient surtout disposé des avions en bois servant de leurre contre les attaques alliées,
  • enfin que ce terrain a été occupé par les USA de fin 44 à fin 45 pour en faire le camp "Lucky Strike" où habitaient 150 000 GI et où la piste, qui servait de route, était dégagée à grands coups de sirène à chaque fois qu'un avion voulait s'y poser. Ambiance garantie ! La petite histoire dit aussi qu'il a fallu un an pour nettoyer la zone après le départ de l'armée américaine.

L'escalope à la crème étant digérée, on se décide à mettre le cap sur Le Touquet pour y passer la nuit. Le survol par beau temps de la côte jusqu'à la baie de Somme entre 500 et 1000 ft est une vraie merveille. Arrivés au Touquet, on est quand même surpris par le nombre élevé d'avions de tourisme sur le parking, jusqu'au moment où l'on se rend compte que ce sont pour l'essentiel des anglais qui viennent y passer le week-end. Impression renforcée par la présence de douaniers et surtout d'une douanière qui nous fait oublier certains grincheux de notre région.

C'est grâce à elle qu'on apprend où déposer le plan de vol pour l'Angleterre, qu'il faut louer des vélos à l'aéroport pour aller en ville, que son copain de l'aéro-club va sûrement nous trouver des chambres bien que ce soit le week-end, etc.... Le fait est qu'une heure après, on a trouvé des chambres et qu'on se retrouve tous les 3 sur de superbes vélos en train d'explorer Le Touquet et d'admirer les chars à voile qui sillonnent les immenses plages. Le Touquet est d'ailleurs une belle ville si l'on consent à oublier quelques résidences en béton qui n'améliorent pas précisément le front de mer.

Le lendemain, toujours grand beau, et c'est sans complexes qu'on décolle sur les traces de Blériot. La traversée se fait sans problèmes. En fait, pour trouver l'Angleterre, il suffit de rester perpendiculaire aux sillages des tankers qui sillonnent la Manche. En plus, les falaises de Douvres se voient de très loin, surtout le matin au lever du soleil. Bref, on aborde l'Angleterre dans les meilleures conditions et, très assurés, on met le cap sur Biggin Hill sous contrôle de Londres. Ca paraît presque trop facile.

Biggin Hill est en vue et Londres nous demande de passer avec eux. Et c'est là que tout se gâte. D'abord, parce que personne ne répond à Biggin Hill. Ensuite, parce que Londres, interrogé sur ce silence radio, nous rappelle avec humour qu'il y a 1h de décalage entre la France et l'Angleterre, qu'il est donc inutile de se lever si tôt, et que Biggin Hill n'ouvre pas avant 45 minutes. Le survol de Biggin Hill pendant 45 minutes ne présentant que peu d'attraits, on décide de se poser. Londres consulté se désintéresse totalement de notre décision et nous conseille seulement de prendre nos responsabilités.

Posés, garés, jusqu'au moment où, bien entendu, surgit une voiture dont la charmante occupante nous explique que nous n'aurions pas dû nous poser mais qu'il n'est quand même pas envisagé de nous demander de décoller. Bref, tout s'arrange, et on va pouvoir visiter Biggin Hill. Sauf que

IL N'Y A RIEN A VOIR A BIGGIN HILL, ABSOLUMENT RIEN

Son seul intérêt est d'être situé dans une belle campagne, d'être à proximité d'une gare RER qui dessert le centre de Londres et de proposer des Bed & Breakfast sympathiques. C'est comme cela qu'on a passé toute une journée à visiter Londres. Là, on a eu droit à la totale et on vous renvoie à la documentation touristique dont vous disposez certainement.

Tout de meme, une mention spéciale pour les trains britanniques : Ça fait quand même bien longtemps que l'on n'avait pas eu l'occasion de monter dans des wagons où il y a une porte par compartiment et où, pour ouvrir la porte et en sortir, on doit commencer par ouvrir la fenêtre puis passer le bras à l'extérieur pour actionner la serrure. Ça me rajeunit !

Et puis encore, à Londres : un défilé d'anciens combattants devant le prince Philip (il vieillit le pauvre !) accompagnés de la musique des grenadiers (vous savez, bonnet à poil et veste rouge). L'impressionnant, c'est que de très nombreux anciens combattants arborent la jaquette rayée, le chapeau melon traditionnel et le parapluie (il fait grand beau !). Et la manœuvre du parapluie et du chapeau quand ils passent devant son Altesse laisse absolument pantois : débutants s'abstenir !

Mais revenons à nos avions puisque l'on a décidé le lendemain d'aller à Duxford. Une recherche nous fait d'abord découvrir que c'est au nord de Londres, ensuite que la navigation n'est pas évidente (nombreux aéroports dans le secteur), et surtout qu'il faut avoir un accord préalable.

Pour l'accord, on décide de demander au contrôleur de Biggin Hill de le solliciter pour nous. D'abord, il parle incontestablement mieux l'anglais que nous et en plus, on pense qu'il aura plus de poids. Par Bonheur, ce n'est pas celui qui a assisté à notre atterrissage anticipé de la veille, donc on a nos chances. L'accord est obtenu et ce n'est alors plus qu'une question de 45 minutes de vol qui s'avèreront sans difficultés. A ce propos, il faut souligner que voler dans la région londonienne présente plutôt moins de difficultés que dans la région Parisienne, tout au moins pour ce que l'on en a vu. Les contrôleurs ne sont pas tatillons à partir du moment où on donne l'impression de savoir à peu près ce qu'on veut faire, et il font preuve d'une grande indulgence vis-à-vis de notre anglais.

Duxford : Il y a là, à peu près tout ce que l'aviation militaire et civile occidentale a produit depuis 1939 et pour une grande partie en état de vol. Des Spitfires à foison en démonstration permanente (on gare négligemment le KJ à coté de l'un d'eux), des Mustang, Lightning, Sabre, SuperSabre, Dassault Mystère, B52, Messerschmidt 109, Comet IV, Avro Vulcan, Concorde...On ne voudrait pas médire du musée du Bourget ou de La Ferté Alais, mais on est là incontestablement dans une autre dimension. Tout ça, professionnalisé à l'extrême dès votre atterrissage. Vous pouvez même, si vous payez (très cher) et si vous êtes patient (2 ans d'attente), vous offrir un vol comme passager sur Spitfire....Pour moins cher et avec 1 heure d'attente seulement, vous pouvez aussi voler sur Dragonfly (vous savez le biplan de transport des années 30).

DONC TOUT EST A VOIR A DUXFORD, ABSOLUMENT TOUT.

Saoulés d'avions historiques, on repart en fin de journée pour Ostende. Retraversée de la Manche, toujours perpendiculairement au sillage des tankers, (ça aide bien), et nouveau survol des plages françaises puis belges. Toujours grand beau, sauf que l'on a maintenant un sérieux vent de face et comme la piste d'Ostende est plutôt mal orientée, Paul est obligé de s'employer à l'atterrissage. Mais nous, depuis un certain atterrissage à Grenade, on sait qu'il maîtrise parfaitement le vent de travers. Et puis, la piste est vraiment large !

Et comme il fait toujours grand beau et que Ostende est à 20 minutes de train de Bruges, on y consacrera donc la journée suivante. Évidemment, sur le plan aéronautique, vous n'apprendrez rien de cette visite, mais quand même, si vous ne connaissez pas la ville, allez y vite. D'ailleurs, Bruges semble être aussi très connu au Japon puisque l'on a le privilège d'assister à un mariage de Japonais. Apparemment, si vous avez les moyens, on vous fournit les billets d'avion, la Rolls pour vous déplacer, l'officier d'Etat Civil, le restaurant.... Le dépliant ne dit pas si on vous aide à trouver la conjointe...

Si, encore une chose à propos de Bruges. C'est dans une des fabuleuses pâtisseries de cette ville et comme l'on s'extasiait auprès de la vendeuse du superbe temps qui régnait depuis le départ de notre promenade aéronautique, qu'elle nous a cité ce dicton germanique :

"Quand les anges se promènent, le ciel sourit"

Difficile de trouver meilleure vendeuse, non ?

René CLEMENT