Un vol capital(es), mai 2000

On s’était dit au départ qu’on irait bien jusqu’à St Petersbourg et Moscou, mais d’une part, le calcul des heures de vol s’était montré dissuasif et d’autre part, les informations que l’on avait glanées sur la Russie faisaient apparaître une probabilité non négligeable de se retrouver avec un avion bloqué quelque part faute d’avoir pu produire quelque mystérieux document ou de ne pas savoir comment on dit « bakchich » en russe.

Donc, on a rabattu nos prétentions en se disant qu’une tournée des capitales de l’Est devait présenter moins de risques. C’est ainsi que l’on est partis pour un périple Prague / Cracovie / Varsovie / Berlin.

Comme on est remarquablement organisés, on s’était inquiétés deux mois avant de commander la documentation voulue ! Mais, comme d’habitude, on a pu vérifier que c’est toujours 2 jours avant le départ qu’on la reçoit quelle que soit la date de la commande.

Enfin, munis de 7 à 8 kg de documentation, on a quand même décidé, la veille du départ, de l’itinéraire du premier jour. Pour les jours suivants, il y a longtemps que l’on a renoncé à prévoir quoi que ce soit puisque, de toutes façons, les prévisions ne sont jamais suivies.

Donc, on a dit Prague. Côté avion, c’était le GTPT pas tant à cause de ses performances qui sont excellentes (125 à 130 kts), que pour la magie du super GPS à cartes déroulantes dont il est doté. Avec ça à bord, au moins on est sûrs d’impressionner.

La route choisie passerait donc par Bâle et Augsbourg tout simplement parce que cela permet des relais de pilotes et parce que Bâle est douanier. Donc, pas de fax au préfet pour le prévenir comme le veut la sacro sainte administration ! On se doute bien que le préfet est particulièrement attaché à cette procédure et qu’il y accorde une attention vigilante ! Mais bon, c’est la consigne....

Évidemment, le samedi, quand on s’est présentés au terrain, la météo était franchement désagréable, mais comme les prévisions sur l’Europe centrale étaient bonnes, on s’est un peu forcés.

Donc, on est partis. Dès Genève d’ailleurs, c’est devenu bon pour atteindre l’excellent vers Bâle. Et, à partir de là, c’est tout simplement incroyable, la météo est restée bloquée au beau pendant tout le reste du voyage sauf le dernier jour. On n’en est toujours pas revenus.

Bâle. Rien de spécial : taxes, plan de vol. Pour la météo, par contre, on a cru bon de s’égarer dans le centre opérationnel de Crossair où il y a bien 3 écrans au mètre carré sur lesquels des tas de galonnés en uniforme pianotaient allègrement. Évidemment, on faisait un peu tache, mais comme on n’a pas été remarqués tout de suite (les Suisses, vous savez, c’est un peu lent !), on a pu obtenir ce que l’on voulait. On s’est ensuite éclipsés discrètement en se confondant en excuses pour cette intrusion.

Augsbourg. Bien sûr, vous savez tous où ça se trouve. C’est manifestement une sortie favorite pour tous les avions basés à Munich.

Prague. À part le fait qu’il y a 3 pistes qui se croisent et qu’il vaut mieux ne pas les confondre, cela ne présente aucune difficulté même si, à l’évidence, l’ensemble de l’aérodrome est surdimensionné pour le PT. Les taxes d’atterrissage aussi d’ailleurs !

Comme il est très tôt et que les prévisions météo sont bonnes, on décide de passer la journée du lendemain à Prague. Ceux qui connaissent déjà hurleront que c’est criminel de passer aussi peu de temps à Prague et on ne pourra que leur donner raison. Notez bien quand même que l’on s’améliore puisque, lors de notre dernier voyage, on a été à Venise pour n’y rester que 2 heures !

Le séjour à Prague commence donc par la recherche d’un hôtel. Ah ! Au fait, il faut qu’on vous explique comment on est organisés pour ce type de voyage.

D’abord, il y a René qui est chargé de réunir la documentation nécessaire et de se renseigner sur les formalités administratives. C’est comme cela qu’à chaque fois, on se demande jusqu’au dernier moment si l’on pourra partir puisqu’il lui manque toujours un document ou une information.

Puis, il y a Christian qui est chargé de tout l’aspect hôtellerie et restauration. Sa bible est manifestement le « guide du routard » ce qui donne parfois des résultats surprenants. C’est ainsi qu’à Prague on a couché dans les cellules d’une ancienne prison avec grilles, serrures, guichets… On s’y croyait presque.

En plus, on a été très impressionnés quand on a découvert que la cellule voisine de la nôtre avait hébergé Vacla Havel. Une différence importante toutefois : pour lui, le séjour était gratuit....

Côté restauration, c’est toujours le guide du routard mais là, il est prudent de surveiller Christian. Pas tant sur le plan de la gastronomie que sur le fait que le restaurant sélectionné se trouve généralement à l’autre bout de la ville par rapport à l’hôtel.....Donc on marche.....Et encore, si le restaurant est ouvert, c’est moindre mal !

Enfin, il y a Paul qui est chargé de noter scrupuleusement et au centime près les dépenses faites par chacun et dans la monnaie du pays, pour ensuite établir un tableau récapitulatif tenant compte des taux de change. Cette fois-ci, il a été gâté puisqu’il doit se débattre avec quatre monnaies différentes. A mon avis, on n’est pas près de lui rembourser ce qu’on lui doit ! Quoique maintenant qu’il a établi un programme informatique pour traiter ce problème.....

Mais retour à Prague dont on ne vous dira rien sinon que la ville croule sous les touristes et que le pont Charles deviendra bientôt infranchissable tellement il y a de monde. Si cela continue ainsi, Prague finira par ressembler à Disneyland ! Dire qu’il y a une époque, pas tellement lointaine, où Prague était alors à l’Est et où seuls les habitants arpentaient la ville (à pied ou en tram), sous la neige, et en dévisageant avec curiosité et inquiétude l’occidental égaré là que j’étais.

Tous comptes faits, je ne suis pas si sûr que Prague ait gagné au changement. Mais ceci est une autre histoire.

Mais quand même, si vous allez à Prague ne manquez pas un de ces concerts de musique classique qui ont lieu un peu partout dans la ville. Il y en a au moins 20 chaque soir et vous pouvez acheter les billets à tous les coins de rue. Comme nous brillons par une grande originalité, on a évidemment été écouter Dvorak !

On est quand même ressortis de la prison qui nous tient lieu de gite et on a alors décidé d’aborder la Pologne via Cracovie (Krakow en polonais !). Comme on ne savait pas trop où c’est, on a quand même regardé un peu la carte et lancé un plan de vol. Vol sans histoire marqué par la platitude désespérante des paysages survolés. Depuis la Forêt-Noire, on n’a d’ailleurs pas vu une seule colline. Des champs, des forêts, des champs.....Pas un seul point remarquable et on vous défie bien de trouver ce qui peut séparer l’Allemagne de la Tchécoslovaquie (la Tchéquie, pardon !) ou de la Pologne. Mais enfin, il semble bien, qu’au cours des siècles, certains aient réussi à trouver suffisamment de différences entre ces pays pour les envoyer se battre avec acharnement.

Cracovie. C’est d’abord l’aérodrome qui dessert Czestochowa. Pour ceux à qui ça ne dirait rien, c’est un lieu de pèlerinage important (la Vierge noire) et comme l’on est en Pologne, cela se traduit par une foule de pèlerins et de religieux arrivant ou partant par charters entiers. On s’en échappe en prenant le bus pour Cracovie et, vu les économies ainsi faites, Christian nous trouve un super hôtel situé dans la vieille ville. Ne manquez pas Cracovie. À la différence de Varsovie, tout y est authentique et comme il y a une université importante, la ville est très animée et joyeuse. Il y a même un joueur de trompette qui, du haut de la plus haute tour de la cathédrale, annonce chaque heure l’arrivée imminente des Tartares de Gengis Khan. Manifestement, 800 ans après l’invasion, les habitants s’en souviennent encore !

Varsovie le lendemain. Là, les difficultés ont vraiment commencé avec la totale impossibilité de trouver un hôtel. C’est au moment où, désespérés, on pensait abandonner qu’a surgi Martin Jezierski. Peut-être le connaissez vous puisqu’il passe de temps à autre au Versoud où on l’avait rencontré. Il est pilote à la LOT sur B737 et, en désespoir de cause, il nous invite à partager l’appartement où il séjourne quand il est à Varsovie. C’est en un sens dommage car, après la prison de Prague, on aurait pu essayer les jardins publics de Varsovie. Nul doute que Christian aurait pu ainsi fournir des informations intéressantes au Guide du routard. En tous cas, un grand merci à Martin qui nous a sérieusement dépannés !

Évidemment, on a dû se serrer un peu pour laisser de la place à l’avion qu’il a entrepris de construire à l’intérieur de l’appartement ! Comme l’on a quand même un reste de savoir-vivre, on n’a pas osé lui demander comment il comptait l’en sortir une fois achevé ! Mais les polonais sont, paraît-il, des gens qui ont appris sous l’empire soviétique à se débrouiller...

En dehors de cela, la ville est assez quelconque sauf la vieille ville qui, en fait, est une vraie-fausse vieille ville. Tout ayant été détruit lors de la 2ème guerre mondiale, elle a été reconstruite à l’identique !

Berlin. Berlin Tempelhof pour être précis qui est sans doute le plus célèbre aérodrome du monde puisque de mai 1948 à juin 1949, un pont aérien organisé par les Alliés a permis de ravitailler les 2 millions d’habitants de la ville soumise au blocus stalinien. Il y a eu 277728 (deux cent soixante dix sept mille et sept cent vingt huit ! ) vols de Dakota en un an. On vous fait grâce des calculs : c’était en moyenne un atterrissage toutes les 2 minutes nuit et jour. Pour la petite histoire, un avion manquant son atterrissage n’était pas autorisé à se représenter et il devait repartir avec son chargement !

Le trafic est aujourd’hui beaucoup plus faible et l’on est certainement l’un des derniers à nous y poser puisque l’aérodrome est voué à disparaître. Mais il reste impressionnant car enclavé dans les immeubles. La piste commence et se termine à peu près à 20 mètres d’immeubles de 4 étages. Autant dire qu’un décollage ou un atterrissage manqué se terminaient forcément dans la salle de séjour du locataire !

Petite nostalgie : le mur et check point Charlie qui séparaient l’Est de l’Ouest ont disparu ! Je ne pense pas qu’il faille le regretter mais quand même, vu les problèmes que j’avais rencontrés là en d’autres temps, cela fait tout drôle !

Baden-Baden. Pourquoi là demanderez-vous ? A vrai dire, on n’en sait trop rien sinon que Strasbourg, on connaissait déjà. Alors, on fait un vol sympa à 1000 ft sol en profitant du soleil qui illumine un paysage bucolique ! Des forêts, un lac parfois, quelques maisons isolées. Le calme et la paix sont sous nos ailes. Rien ne vient déranger cette harmonie jusqu’à ce qu’un alignement curieux de bâtiments vienne la troubler. "C’est quoi ça ? " dit Paul qui vient de les repérer. Alors on fait un tour, deux tours pour voir, on relève les coordonnées au GPS, on les reporte sur la carte et la réponse apparaît, sinistre...

Büchenwald ! Pourquoi le paysage nous apparaît-il dès lors beaucoup moins bucolique....?

On poursuit quand même vers Baden-Baden qui est un aérodrome très sympa que l’on peut vous conseiller. D’ailleurs, quelques années plus tard, il nous sauvera la mise lorsque, pris par le mauvais temps et la pluie, on se déroutera de toute urgence vers ses hangars accueillants ! Et puis, on en a profité pour visiter la Forêt-Noire qui n’est pas en reste sur les Vosges en ce qui concerne les dégâts subis lors de la tempête de décembre.

Le retour. Là, on a enfin retrouvé le mauvais temps et on a quand même été obligés de piloter un peu. Cela se traduit par un survol du Rhin à 800 ft jusqu'à Colmar, puis par la recherche des petits trous de souris dans les nuages permettant de franchir le relief pourtant pas très accentué entre Bâle et la Suisse. Après Yverdon, c’est devenu franchement bon et dans l’euphorie du retour, on a même décidé de s’offrir un repas au restaurant de l’aérodrome d’Albertville (cf. chapitre « la serveuse d’Albertville » d'un précédent voyage).

Avec tout ça, on ne vous a, bien entendu, rien dit des conditions de vol en Allemagne, Tchéquie et Pologne. Alors deux mots quand même à ce sujet.

En règle générale, c’est très facile, voire trop. Dans tous ces pays, vous êtes pris par le contrôle radar qui ne vous quitte plus et vous bascule d’une fréquence à l’autre au fur et à mesure de votre progression. La seule difficulté consiste à rentrer correctement au GPS les points d’entrée des aérodromes et à atterrir sur la bonne piste. Là, quand même, compte tenu du trafic de gros porteurs, on vous conseille de vérifier sérieusement.

En Pologne, c’est encore plus facile puisque le trafic VFR suit obligatoirement des routes bien définies dont il n’est pas question de sortir. De toutes façons, il n’y a pas de trafic VFR en Tchéquie et Pologne autre que ceux d’avions étrangers.

Le seul point noir, comme d’habitude, est la langue et il n’est pas question de sortir de l’anglais. En particulier, lors de l’arrivée dans les grands aéroports, les contrôleurs ont tendance à traiter de la même façon un gros porteur et un DR400 au moins sur le plan de la rapidité de leurs annonces. Donc, ouvrez bien vos oreilles !

Dans le cas contraire (anglais défaillant et absence d’alticodeur), vous avez une chance raisonnable que le contrôle vous envoie sur un circuit d’attente en attendant que son trafic soit plus calme et où, très certainement, il vous oubliera.

Autre chose encore, le contrôle se fait en unités métriques ! Et là, c’est rapidement la panique à bord lorsque le contrôleur vous demande de monter à 1500 m puis de descendre à 900 m. "Ça fait quoi, ça fait quoi en pieds 900 m ? ". On vous conseille vraiment une petite séance de calcul mental avant votre départ !

Ah oui ! On oubliait le principal ! Les aérodromes des capitales ont des taxes et des coûts de handling probablement proportionnels à la longueur de leurs pistes. Cela veut dire que vous ne vous poserez jamais pour moins de....... Allez, on ne veut pas vous décourager d’y aller !

Et puis, comme vous le savez, « Quand on aime, on ne compte pas » !

René CLEMENT
Photos La Triade